Eat’s Business #24 | EGalim 2, de la vanille au plastique et des aliments illégaux.

06/07/2021

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Eat’s Business #24

Dans ce nouvel épisode de Eat’s Business, la revue de presse du Business de la Bouffe, Olivier Frey et Daniel Coutinho reviennent sur la publication de la loi EGalim 2, sur un procédé qui permet d’extraire de la vanilline à partir de plastique et sur les allégations santé illégales inscrites sur les aliments.

Dans cet épisode, sont aussi évoqués la mort de travailleurs agricoles en Italie sous la chaleur et le coût réel d’une tasse de café.

EGalim 2.0

Vie publique, Loi Besson-Moreau rémunération des agriculteurs Egalim 2, 24/06/2021

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la loi EGalim 2, aussi appelée Loi Besson-Moreau du nom du député qui a déposé le texte en mai 2021. Cette nouvelle proposition de loi complète la loi du 30 octobre 2018 dite EGAlim (pour rappel : loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous), qui a notamment encadré les promotions et relevé le seuil de revente à perte des produits agricoles afin de lutter contre la guerre des prix. 

Mais cette loi n’a pas été suffisante pour améliorer de manière notable les revenus des agriculteurs. Cette loi EGalim 2 a donc pour but d’encadrer de façon beaucoup plus stricte les négociations tarifaires annuelles entre agriculteurs, industriels et distributeurs. Parmi les nouvelles mesures phares de cette loi, le texte impose notamment des contrats écrits et pluriannuels entre un producteur et son premier acheteur. Ces contrats devront être conclus pour trois ans minimum. Il s’agit là, de permettre aux producteurs agricoles d’avoir plus de visibilité sur leurs ventes.

Ce qui est bénéfique pour la rémunération des agriculteurs, c’est que des mécanismes de révision des prix dans les contrats sont prévus, pour que les agriculteurs puissent répercuter d’éventuelles hausses des coûts de production sur l’aval de la chaîne. Cela leur permet de ne plus être les seuls à subir l’inflation de leurs coûts.

Ouest France, Un « rémunérascore » à l’étude pour afficher le revenu des agriculteurs sur les aliments, 17/06/2021

Des députés LREM souhaitent mettre en place un « rémunérascore », qui consiste à apposer une note qui évalue la valeur du produit revenant à l’agriculteur.

Ils souhaitent insérer ce dispositif dans la proposition de loi EGalim 2. Le 16 juin, ils ont notamment voté la mise en place d’une expérimentation de ce « rémunérascore » pour une durée de cinq ans. Plusieurs filières se sont d’ores et déjà déclarées candidates pour l’expérimenter.

Petit message pour nos députés : plutôt qu’un énième logo à apposer sur le packaging pourquoi ne pas plutôt intégrer un volet rémunération dans une solution de traçabilité blockchain comme celles que proposent par exemple Connecting Food ou Tilkal ? 

Le Figaro, Les distributeurs vent debout face à EGalim 2, 25/06/2021 + Les Echos La future loi Egalim 2 inquiète les PME agroalimentaires, 01/07/2021 + Challenges, Rémunération des agriculteurs: Lidl défend la loi Besson-Moreau, 30/06/2021

La nouvelle loi EGalim ne plait pas à tout le monde, des voix discordantes s’élèvent du côté des distributeurs et industriels. La loi EGalim 1 avait échoué pour améliorer le revenu des agriculteurs et les nouvelles mesures visent à sanctuariser les prix agricoles qui pourront être répercutés en aval. Les industriels craignent d’être pris en étaux entre les prix agricoles qu’ils ne pourraient plus négocier en cas d’inflation, et des distributeurs qui refusent toute hausse de prix. Pour pallier cette crainte, la loi EGalim 2 introduit la non-discrimation des prix. C’est-à-dire que les industriels ne pourront plus proposer pour un même produit, des prix différents à des 2 distributeurs distincts. 

Mais ces dispositions pourront toujours être soumises à négociations. Un distributeur pourra obtenir une réduction, s’il commande un grand nombre d’articles, s’il place les produits en tête de gondole ou dans son catalogue. Cela ne plaît pas à certains distributeurs, qui restent sceptiques. D’après Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution “une hausse injustifiée des prix de 10% ne pourra plus être négociée. Il y a un déséquilibre au profit de l’industrie et au détriment des consommateurs.” Michel-Edouard Leclerc s’est aussi exprimé en défaveur : “Un industriel pourrait proposer un produit plus cher en France qu’à l’étranger.” 

Même parmi les distributeurs, il n’y a pas de consensus. Michel Biero, gérant des achats de Lidl a exprimé son soutien à cette loi. Il avance que grâce à elle, les éleveurs, de lait notamment, pourront vivre dignement, grâce à la sanctuarisation des coûts de production. Les industriels sont aussi en désaccord avec ses propositions…les PME, s’inquiètent que les négociations prennent une autre forme, qui finira par favoriser les grands groupes internationaux.

Là encore, EGalim 2, via un autre amendement adopté en séance, exige une négociation « ligne à ligne ». Chaque service doit être listé avec une valeur précise. Auparavant, les négociations s’effectuaient « à la louche », les prix bas étant justifiés par un paquet global de services. Et c’est justement ce que craint Dominique Amirault, président de la FEEF. Il avance que les PME n’ont pas les moyens d’acheter ces services qui vont souvent de pair avec de la publicité. Ils font des faibles volumes de ventes en comparaison des multinationales. Ils auront du mal à faire les investissements nécessaires pour garantir une visibilité dans les linéaires. Selon lui, ces petites marques finiront par disparaitre dans les rayons, derrière les marques internationales comme Nutella. A suivre donc…

Mort de travailleurs agricoles

La republica (courrier international), Décès : la région des Pouilles interdit le travail dans les champs dans les heures les plus chaudes, 2706/2021

Cet article relate un événement tragique : suite à la récente vague de chaleurs en Italie (avec des températures atteignant 44-45 degrés Celsius), un travailleur agricole migrant, Camara Fantamadi est décédé alors qu’il rentrait à vélo, après avoir travaillé pendant quatre heures dans une exploitation agricole, exposé au soleil. Un évènement tragique qui a suscité l’inquiétude des autorités.

Cet épisode a donc poussé les autorités régionales à réagir. Michele Emiliano, président de la région, a décidé de prendre une mesure forte, puisqu’il a publié une ordonnance qui interdit le travail agricole en condition d’exposition prolongée au soleil, entre 12h30 et 16 heures, jusqu’au 31 août 2021. Cette mesure ne s’appliquera que les jours où le niveau de risque sera établi comme important. 

C’est une bonne nouvelle pour les travailleurs des champs de la région. En effet, cette dernière concentre un grand nombre d’exploitations (avec une production très importante de tomates), où sont souvent employés des migrants dans des conditions très difficiles. Il faut savoir que des milliers d’ouvriers agricoles, travailleurs migrants saisonniers sans contrat de travail, viennent en Italie, depuis l’Afrique et l’Europe de l’est pour ramasser des fruits et des légumes. Mal payés, ils vivent dans des conditions précaires et dans des campements de fortune.

Beaucoup travaillent dans le cadre d’un système illégal connu sous le nom de «caporalato». Les ouvriers agricoles sont soumis à de longues heures de travail pour une rémunération bien inférieure au salaire minimum. Ces travailleurs migrants sont obligés de payer une somme à des «caporali» ou intermédiaires, parfois issus des mafias locales qui gèrent les squats, l’embauche quotidienne des ouvriers agricoles et leur transport vers les exploitations.

Si l’interdiction de travailler pendant les heures chaudes est une bonne chose, malheureusement, ça ne suffira pas pour permettre aux travailleurs migrants d’avoir de bonnes conditions de travail.

Le vrai coût d’une tasse de café

Le Figaro, De la plantation à la tasse au comptoir, le vrai prix du café, 28/06/21

L’article retrace notamment le parcours que font les grains de café pour arriver jusqu’à votre tasse.

Tout d’abord, les deux grands pays exportateurs de grains de café vers la France sont le Brésil (pour l’arabica) et le Vietnam (pour le robusta). Au niveau des tarifs, l’arabica brésilien s’échangeait aux alentours de 2€40 le kilo en mai 2021, soit environ le double du prix du robusta. Et, comme le précise Lionel Galut, directeur expertise chez Maxicoffee, “un café payé 2€40 est disponible directement et en masse mais n’offre pas de traçabilité précise”. Ainsi, pour un café d’origine certifiée, il faut compter autour de 5 euros le kilo. Une fois récolté, le café va passer par les mains d’un certain nombre d’intermédiaires. D’ailleurs comme le résume Alexandre Bellangé, le DG de Belco, “plus le producteur est petit, plus il va y avoir d’intermédiaires”.

Lorsqu’il a été conditionné, le café est ensuite vendu à un torréfacteur qui va se charger de transformer la graine. A cet échelon, selon Lionel Galut, “le coût est d’environ 1 euro le kilo pour les plus gros industriels. Pour le petit artisan on sera plutôt à 5 euros”. Il faut également savoir qu’à ce stade, le café perd une partie de son poids initial car en chauffant le grain de café perd en humidité, ce qui induit une perte de matière de 18 à 20%.

En ce qui concerne les coûts annexes comme le transport, le stockage et le financement, il faut ajouter selon Lionel Galut, 1 à 2 euros du kilo et cela va dépendre “du volume d’achat et de la taille des structures”. A cela il faut encore ajouter 1 euro du kilo si il y a un importateur dans la boucle.

Mais finalement, comme l’explique Benoît Bertrandchargé de la filière café au Cirad, “le gros de la valeur ajoutée est le marketing”. C’est pourquoi les capsules de café proposées par un géant de l’agroalimentaire affichent un prix de 86 euros au kilo.

NB : Pour les amateurs de café qui aiment également les statistiques, vous pouvez aller voir ces graphiques que j’ai réalisés sur la production et les échanges de café dans le monde.

Les alicaments illégaux

Le Figaro, Tisanes, céréales, chocolat…Ces produits qui brandissent des allégations de santé non réglementaires, 21/06/2021

D’après les résultats d’une enquête publiée cette semaine par la DGCCRF, 44% des denrées alimentaires présenteraient des anomalies en ce qui concerne les indications réglementaires. Ces produits mettent en avant des allégations santé et/ou thérapeutiques qui ne sont pas autorisées, du type “détox”, “la vitamine C augmente les défenses immunitaires” ou encore “s’utilise lors d’un rhume”. Comme le précise la DGCCRF, « cette enquête a ciblé les produits les plus susceptibles de porter des allégations de santé : infusions, thés, chocolats, céréales pour petit-déjeuner, produits de la ruche…».

L’article rappelle par ailleurs, que “seules des listes positives d’allégations, répertoriées par la Commission Européenne peuvent normalement figurer sur ces produits de consommation”.

La DGCCRF note qu’il y a une forte augmentation des cas d’anomalie. En effet, une étude identique avait eu lieu en 2016 et l’organisme avait trouvé un taux d’anomalie de 21%. 

Le communiqué de presse de la DGCCRF est disponible ici.

De la vanilline dans le plastique

The Guardian, Scientists convert used plastic bottles into vanilla flavouring, 15/06/2021

Alors que, comme nous l’apprend l’article, les plastiques perdent environ 95 % de leur valeur en tant que matériau après une seule utilisation, l’un des enjeux du recyclage est d’encourager une meilleure collecte et une meilleure utilisation de ces déchets.

Pour ce faire, la science est une alliée. Ainsi, des chercheurs ont, dans un premier temps, mis au point des enzymes mutantes arrivant à décomposer le PET utilisé pour fabriquer les bouteilles en acide téréphtalique (AT). Ensuite, ils utilisent des bactéries E. coli génétiquement modifiées pour transformer l’acide téréphtalique en vanilline.

La vanilline est largement utilisée dans les industries alimentaire et cosmétique et constitue un important produit chimique en vrac utilisé pour fabriquer des produits pharmaceutiques, des produits de nettoyage et des herbicides. La demande mondiale de vanilline est en hausse et s’élevait, en 2018, à 37 000 tonnes. De plus, environ 85 % de la vanilline est actuellement synthétisée à partir de produits chimiques dérivés de combustibles fossiles. Comme l’explique Joanna Sadler, de l’Université d’Édimbourg, “c’est le premier exemple d’utilisation d’un système biologique pour upcycler des déchets plastiques en un produit chimique industriel précieux”.

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